Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Doukipudonktan

zazie.jpgA partir de la première phrase d'un roman, et de toute la fin en gras, écrire une nouvelle.

« Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé. ». Queneau, Zazie dans le métro.

Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé. Il avait pourtant le nez collé à la vitre, prêt à humer la moindre parcelle d’air frais qui se présenterait à son tarin, mais il ne comprenait pas comment tous ces vieux pouvaient sentir aussi mauvais. Un mélange de sueur, de renfermé, de ranci et de vieux. Peut-être ne sortent-ils pas assez régulièrement ? Il faudrait les aérer, les pendre à la fenêtre comme des draps sales puis mettre le tout dans le tambour du lave-linge et choisir un bon essorage, de quoi les faire tourner tous ces vieux puants, comme la mayonnaise.
Voilà, il l’avait pensé. Avait-il des remords ? Nullement. Cela faisait bien huit heures, qu’il était rivé à son siège, à ne penser qu’à ça. Alors il avait bien le droit sans dire un mot, de leur faire quelques petites misères à tous ces vieux croulants qui usent leur vieille carcasse déglinguée à  traîner dans des cars en partance pour le Maroc, à risquer au moindre pas de se fêler ou mieux désagréger leur tibia ostéoporotique, et qui soulent tout le monde, les guides, le chauffeur, le personnel de l’hôtel avec toutes leurs petites misères, leurs histoires surannées et leurs tics de langage. Je les entends, je les entends tout le temps. « René, tu te rappelles avoir rempli le bol de pépète ? », « Maurice, l’auto-bronzant, tu l’as mis dans le sac ? », « Jeanne, j’ai un doute, je ne me rappelle pas avoir éteint la liseuse. Si c’est le cas, les piles seront vides ; ça me tracasse, je ne pourrai plus faire les mots croisés du Télépoche ». D’ailleurs, il n’y a pas qu’eux que j’entends sans arrêt, il y a aussi le commercial : « Une place qui se libère à ce tarif, vous ne le regretterez pas monsieur. Vous serez avec des retraités. Vous verrez, de la tranquillité, du calme, des vacances DE REVE ! »
Si je pouvais, je lui mettrai un bon coup de pied au cul à ce commercial, et hop ! dans le car à prendre ma place dans ce contre-pied de Grâce, dans ce car puant bourré de vieux cacochymes, sur-vitaminés mais faisandés à l’intérieur, dans ce car aux relents de moiteur, et de je ne sais quoi de dégueulasse.
Le lendemain, je réussissais à dénicher des feuilles de menthe. Ce n’était pas pour me faire des infusions de thé, l’heure était grave, il fallait que je me remplisse les poches, de la chemisette, du bermuda, toutes mes poches, que je garnisse tout ce que je pouvais de ces feuilles aromatiques. Et la vieille qui s’assit à mes côtés (ce n’était jamais la même : les veuves devaient tirer au sort pour ne pas se battre), me dit tout à trac :
—    Qu’est-ce qui pue comme ça ?
—    Ça ptite mère, ce sont des feuilles de menthe de Marrakech, les meilleures qui soient, lui répondis-je.
—    Ça devrait pas être permis d’empester le monde comme ça, continua la nonagénaire.
—    « Si je comprends bien, ptite mère, tu crois que ton parfum naturel fait la pige à celui des rosiers. Eh bien, tu te trompes, ptite mère, tu te trompes.
—    T’entends ça ? dit la bonne femme à un ptit type à côté d’elle, probablement celui qu’avait le droit de la grimper légalement. T’entends comme il me manque de respect, ce gros cochon.
Le ptit type examina le gabarit de Gabriel et se dit c’est un malabar, mais les malabars c’est toujours bon, ça profite jamais de leur force, ça serait lâche de leur part. Tout faraud, il cria :
—    Tu pues, eh gorille.
Gabriel soupira. Encore faire appel à la violence. Ça le dégoutait cette contrainte. Depuis l’hominisation première, ça n’avait jamais arrêté. Mais enfin fallait ce qu’il fallait. C’était pas de sa faute à lui, Gabriel, si c’était toujours les faibles qui emmerdaient le monde. Il allait tout de même laisser une chance au moucheron.
—    Répète un peu voir, qu’il dit Gabriel.
Un peu étonné que le costaud répliquât, le ptit type prit le temps de fignoler la réponse que voici :
—    Répéter un peu quoi ?
Pas mécontent de sa formule, le ptit type. Seulement l’armoire à glace insistait : elle se pencha pour proférer cette pentasyllabe monophasée :
—    Skeutadittaleur…
Le ptit type se mit à craindre ? C’était le temps pour lui, c’était le moment de se forger quelque bouclier verbal. Le premier qu’il trouva fut un alexandrin :
—    D’abord, je vous permets pas de me tutoyer.
—    Foireux, réplique Gabriel avec simplicité ».

Commentaires

  • Excellent, je pensais à ça en plus l'autre jour. Votre blog me donne envie d'en créer un également... j'espère que j'y arriverai !

  • Merci hotel nice pour votre commentaire; ça fait toujours plaisir et bonne chance pour votre blog. D'ailleurs faites moi un petit coucou si vous en faites un, j'irai le voir avec plaisir et si vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas.

  • Un grand merci cote pour votre commentaire. Je suis content que l'idée du blog vous plaise. Il est vrai que c'est beaucoup de travail et je n'ai pas beaucoup de lecteurs, ce qui est parfois un peu... désespérant. Mais vous me remontez le moral ! Merci aussi pour la pub. De nouveaux lecteurs en perspective !

  • doukipudonktan veut dire d'Ou Qui pue donc tant??

  • Oui, je crois bien que c'est ce qu'a voulu dire Raymond Queneau.
    Merci de votre lecture.

Écrire un commentaire

Optionnel