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Le corps carbonisé fumait encore entre les chaînes du poteau fixées sur un haut socle de pierre

Toujours le même principe : à partir de la première phrase d'un roman (l’incipit), écrire une nouvelle.

« Le corps carbonisé fumait encore entre les chaînes du poteau fixées sur un haut socle de pierre. », Je, François Villon, Jean Teulé.

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Le corps carbonisé fumait encore entre les chaînes du poteau fixées sur un haut socle de pierre. L’odeur de chair brûlée, de bois, de foin moisi avait empesté un peu plus la grande place où la foule s’était pressée, grouillante, puante, vociférante et cruelle. La justice avait été rendue, le peuple avait pris grand plaisir à l’exécution et la sorcière rousse avait périe, brûlée vive, hurlant fort quand les flammes lui avaient léché les jambes avant qu’elle ne soit asphyxiée par la fumée pesante et âcre qui se dégageait d’un bois trop vert et d’un foin gâté.

Personne n’avait graissé la patte de l’exécuteur des hautes œuvres qui n’avait pas de raison particulière de s’acharner et de faire durer le supplice de cette pauvre rousse. Le bourreau utilisa du mauvais foin et du mauvais bois pour confectionner le bûcher : il économisa ainsi du bois et donc quelques deniers. L’important était que l’exécution soit spectaculaire et effrayante et elle l’avait été. C’est ainsi que le bourreau rentra à son logis le cœur léger, fier d’avoir accompli du bon travail.

Deux mois plus tôt, à peu de chose près, Marie Desmoulin dénoncée par une de ses voisines était arrêtée à l’aube pour exercice de la sorcellerie. Ses trois jeunes enfants Jean, Pierre et François n’étaient pas encore réveillés qu’on frappait avec force et insistance à la porte de son maigre logis. La nuit avait été difficile. Le cadet, petit François, comme aimait l’appeler Marie car il était né à peine plus grand qu’un lapin de garenne mâle adulte avait pleuré une bonne partie de la nuit : elle manquait un peu de lait et la dernière tétée, vers les cinq heures, avait été bien plus difficile que d’ordinaire.

Petit François n’avait pas semblé rassasié. Après avoir longuement pleuré, il avait fini par s’endormir sur le sein de sa mère, réconforté par la chaleur et l’odeur maternelle. Quand on frappa à la porte, la jeune maman à la chevelure d’un roux ardent et chaud comme le poli d’un cuivre au soleil descendit tout naturellement l’escalier avec son bébé dans les bras, ajustant son corsage du mieux qu’elle put.

La porte s’ouvrit et elle entrevit des hommes sévères au regard noir comme l’obscurité d’un profond puits. Eux ne virent que ce qu’ils voulaient bien voir : une chevelure rousse signe du commerce avec le diable et le galbe d’un sein laiteux un peu découvert par un corsage trop lâche. Il ne faisait plus aucun doute, la voisine n’avait pas menti : cette jeune personne était bien une sorcière. Ils se saisirent d’elle, lui arrachèrent l’enfant sans ménagement et posèrent le nourrisson à même le sol. Ensuite ils la traînèrent dehors tandis que le mari  dévalait l’escalier quatre à quatre, affolé par les cris désespérés de son épouse et de son bébé.

Dehors le mari, qui ne comprit pas tout de suite ce que reprochaient ces hommes à son épouse, était furieux comme un démon. Il fonça tête baissée comme un bélier dans une muraille sur cette masse compacte qui emportait sa femme, il frappa, cogna de toutes ses forces un peu au hasard car les hommes faisaient rempart pour qu’il ne puisse s’approcher. Il aurait voulu frapper avec un bâton, les envoyer voler sur le sol, les briser comme des fétus de paille. Ses phalanges calleuses habituées au dur travail de la terre cognaient l’air, la chair et les os, ses bras tournoyaient comme des faux coupant les blés, s’abattaient fort pour à nouveau frapper. Un temps, il parut avoir l’avantage jusqu’au moment où les autres, ceux qui ne gisaient pas encore sur le sol, s’armèrent de tout ce qui trainait à leur portée, n’hésitant pas à arracher les minces poteaux d’une clôture, et il ne put alors que recevoir les coups qui pleuvaient sur lui comme la grêle un jour d’orage. Il s’arcbouta, se protégeant le crâne de ses bras musclés, ploya ensuite et s’effondra enfin sur le pavé, inconscient, des ecchymoses plein le corps, quelques os brisés et la tête en sang.

Les autres croyant qu’il était bien mort, arrêtèrent de le frapper et passèrent leur chemin sans plus d’inquiétude et de compassion que s’ils avaient écrasé un moucheron sur leur table de cuisine.

En soirée, la sorcière fut interrogée par deux clercs. Elle fut déshabillée et on examina son dos où fut trouvé une tache suspecte entre les omoplates : la marque du diable murmura un des inquisiteurs.

Le lendemain, sans que personne ne lui explique ce qui lui était reproché, on commença les privations de nourriture. Les cas de sorcellerie se multipliaient dans tout le pays et les inquisiteurs peu nombreux ne pouvaient pas se permettre de laisser trainer une procédure inquisitoire.

Plusieurs jours sans manger n’y firent rien. La sorcière se murait dans son silence. Ses joues s’étaient creusées et dans sa cellule miteuse où même la lumière était morose avec quelques timides rais se frayant un passage par l’étroit soupirail, elle semblait dépérir de jour en jour. Sa chevelure auparavant si resplendissante était à présent terne et laide, comme si elle se fanait à mesure que ses espoirs s’envolaient.

Faute d’aveux, les clercs essayèrent d’obtenir des preuves de commerce avec le diable. Ils y parvinrent en utilisant la technique du witchpricking. Des épingles à extrémité recourbée furent utilisées pour piquer l’ensemble du corps de la supposée sorcière et à plusieurs reprises, les piqures ne saignèrent pas, preuve que Satan avait pris possession du corps de cette jeune rousse. Les preuves étant maintenant suffisantes, il ne manquait plus que des aveux. Les privations de nourriture continuèrent donc même si elles avaient été jusqu’alors sans succès, bientôt suivies de privations de boisson. Mais au bout de cinq jours, les clercs prirent peur devant l’entêtement de cette jeune personne, possédée gravement par le diable pour pouvoir endurer de tels traitements : elle s’était trop déshydratée et les deux inquisiteurs autorisèrent de nouveau l’eau et la nourriture de peur qu’elle décède avant qu’elle n’est avouée.

Ils la laissèrent tranquille une bonne semaine afin qu’elle se rétablisse suffisamment pour pouvoir la soumettre à la question. Quand ils la jugèrent prête, les joues un peu plus remplies, ils commencèrent l’interrogatoire et comme elle ne parlait pas, ils essayèrent de lui délier la langue avec des fers brûlants apposés sur tout le corps : sans succès.

Les deux clercs, enfin surtout un, n’aimaient pas tellement torturer et notamment quand la sorcière hurlait, les lèvres tremblantes, la bouche écumante de douleur. Ils cédèrent ainsi la place au bourreau afin qu’il prépare la sorcière à répondre à un questionnement précis.

Le lendemain, la sorcière fut emmenée dans une pièce haute de plafond, sombre, semblable à un atelier car elle était remplie d’outils, de divers instruments et de machines étranges. Un homme trapu, aux vêtements protégés par de larges pièces en cuir tanné et taché et au visage partiellement masqué se tenait au centre de la pièce pour accueillir la jeune demoiselle rousse qui avait encore les mains ligotées derrière le dos et qui pâlit, et faillit s’évanouir quand elle comprit qui était cet homme, le bourreau et qu’elle était cette pièce, la chambre des tortures, la chambre de l’Enfer. Livide, elle regarda ensuite le bourreau mimait ce qu’il allait lui faire, actionner des poulies, tirer sur des cordes, frapper à coups de marteaux sur des coins, tourner des vis, fouetter, brûler, arracher, frapper.

Elle s’agenouilla alors, se cachant les yeux des mains et implora, supplia le bourreau de ne rien lui faire. Mais elle pleurait tant que le bourreau avait peine à comprendre ce qu’elle disait.

« Pitié, pitié, monsieur… Je ne sais pas de quoi on m’accuse mais je n’ai rien fait. Pitié, je vous en supplie, ne me faites rien. Je vous en prie, je suis innocente, innocente ! » hurla-t-elle dans un long sanglot.

Enfin elle se tut mais continua à pleurer doucement et glissa sur le sol frais et sablonneux. Elle aurait voulu être engloutie, s’enfoncer dans la terre d’un coup, disparaitre à jamais. Elle aurait voulu ne jamais avoir existé. Elle ne pensait même plus à ses enfants. Elle ne pensait plus à son mari qui était mort quelques jours après son arrestation d’une hémorragie cérébrale mais personne ne lui avait appris. A vrai dire, personne ne s’était soucié du sort de son mari.

Puis pareil à un arc qui se détend, elle fonça furieuse sur le bourreau et faillit le faire chanceler. Tout son corps était un bouillonnement, jusqu’aux mots qui sortaient de sa bouche en désordre telles des bulles éclatant à la surface d’une eau en ébullition. « Tuez-moi, tuez-moi sur le champ ! » criait-elle. « Tuez-moi vite » répétait-elle. « Tuez-moi, tuez-moi » disait-elle comme une litanie et le bourreau en était comme étourdi. « Ce sera un accident, vous raconterez que j’étais trop faible et la torture trop forte » continua-t-elle.

Le bourreau la gifla alors violemment et elle tomba sur le côté. Il l’avait frappé pour quelle se tut. Il n’avait pas voulu lui faire de mal. Il avait simplement voulu que cela cesse. Un mince filet de sang zébrait la commissure de ses lèvres et à la manière d’un homme ivre qu’on dessoule à coups de seaux d’eau sur la tête, elle s’était levée fière et droite, tendant ses mains attachés en avant pour montrer que le bourreau pouvait à présent disposer d’elle. Le bourreau, hésitant, eut presque honte de ce qu’il s’apprêtait à faire. Il pensa alors aux inquisiteurs et se reprit. Il devait suivre le protocole à la lettre. Il lui incombait, comme avec n’importe quel accusé d’administrer les tortures ordinaires comme la grande inquisition l’avait décrétée. Il ne pensa alors plus qu’à sa tache précise mécanique, quasi minutée. Pour commencer, il coupa les cheveux de l’accusée. Quand ce fut fait et qu’il ne restait plus que quelques touffes éparses, ridicules et rousses sur son crâne méconnaissable alors le bourreau l’attacha à une échelle de manière à ce qu’elle ne puisse pas bouger. Il lui versa ensuite de l’alcool sur la tête, hésita un peu puis enflamma le liquide et attendit que le feu brûle ce qui lui restait  de chevelure jusqu’aux racines. Une odeur âcre et détestable de cochon grillé empestait alors la salle et le bourreau, pour plus de confort, ouvrit un des soupiraux. Puis le bourreau, tel un mécanisme précis, sec et sans âme d’horlogerie, retrouva ses esprits et enchaîna les tortures comme si son corps et son esprit ne percevaient plus ce qu’il affligeait à cette pauvre créature. Le sang coulait, des pointes acérées rentraient dans les chairs, les jambes et les mollets étaient pressés à l’aide de vis, la peau était fouettée jusqu’au sang, les tendons des bras furent sectionnés tant la pression  des cordes était insoutenable laissant à nu l’os.

Le soir, le bourreau épuisé, le corps trempé de sueur et la tête vide, allait partir quand Marie balbutia quelques mots presque inaudibles mais qui suffirent au bourreau à tout arrêter.

Ce petit corps autrefois frêle et fragile avait enfin abdiqué. L’espoir s’était volatilisé et les dernières lueurs de vie quittaient Marie comme la flamme d’une bougie qui s’éteint lentement.

Le lendemain, sur la grande place, on la brûlerait comme sorcière et ce sera presqu’un soulagement.

Commentaires

  • Ce récit barbare raconté avec tant de détails ;me donne beaucoup

    de frissons !!!!! Tout ceci nous font penser , ce n'est pas si

    lointain , les gens agissaient de cette façon . Une idée me traverse

    l'esprit ...... A nôtre époque , pourquoi tous ces jeunes font

    subir de tels horreur ,à des jeunes filles , torture , puis

    ensuite les bruler . Réagissons !!!!!

    L'auteur ne fait que démontrer , les faits actuels d'aujourd'hui

    Qui n'est pas de la sorcellerie .

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